Dialogue 5+5 sur l’environnement: L’Algérie propose un observatoire de la Méditerranée

27/04/2010 14:58

En inaugurant, hier, la première conférence ministérielle du dialogue5+5 sur l’environnement et les énergies renouvelables, au Sheratond’Oran, en présence d’Elena Espinosa Mangana, ministre del’Environnement et du Milieu rural et marin d’Espagne, et Jean-LouisBorloo, ministre d’Etat français, ministre de l’Ecologie, de l’Energie,du Développement durable et de la Mer, l’Algérie a proposé plusieurspistes de coopération.



Oran. De notre envoyé spécial

 Il s’agit essentiellement de lacréation d’un observatoire de la Méditerranée et du développementdurable, l’élaboration et l’harmonisation des plans climat desdifférents pays et la mise en place d’un cadre de concertation etd’expression informelles entre les pays méditerranéens sur le climat.Cherif Rahmani, ministre de l’Aménagement du territoire, del’Environnement et du Tourisme, est allé droit à l’essentiel enaffirmant que « cette écorégion est identifiée par les experts commel’une des régions du monde où le changement climatique est susceptiblede marquer le plus l’environnement et les activités humaines. Jadisimmensité, la mer Méditerranée, avec l’avènement des déplacementsrapides et des technologies de l’information et de la communication,s’est rétrécie aux dimensions d’un lac menacé par la forteconcentration des villes et des activités humaines le long du littoral,comme est menacée également sa biodiversité remarquable ». Il a relevéune mutation importante qui expose cette région à des dangers certainsà moyen terme. La première est celle de la population de 360 millionsen 1985 et qui atteindra 524 millions en 2025. La seconde est celle del’urbanisation accélérée qui conduira, si rien n’est fait, à une criseenvironnementale sans précédent.

Des villes connaissent unétalement non maîtrisé et au détriment de terres agricolespériurbaines, aggravé par le phénomène d’habitat « spontané ». « Lescénario tendanciel de mal développement urbain met en lumière lanécessité de se concerter autour de véritable politiques de villesdurables », dira le ministre qui propose « la mise en place d’uneagence méditerranéenne des villes durables ». D’autre part, ledéveloppement du tourisme doit être repensé, car cette région (premièredestination mondiale) accueille actuellement 150 millions de touristes.Ce nombre passera à 500 millions et la pression anthropique sereportera plus grandement sur le littoral. Reporter une partie del’urbanisation et du tourisme balnéaire sur les arrière-pays, opérerdes coupures vertes, agricoles et boisées, pourraient être dessolutions d’avenir. S’adressant aux ministres présents, M. Rahmaniinsiste pour dire qu’« il ne s’agit pas de fonder une nouvelleéconomie, mais d’établir une nouvelle rationalité dans la prise dedécision ».


« La suffisance alimentaire et la stabilisation des personnes de plus en plus incertaines »

Dans son discours, le ministre algérien ajoute que la question de lagestion rationnelle des ressources en eau ne peut plus être différée.Pour l’agriculture, il s’agit de doubler les rendements sans céder auconsumérisme de la production intensive afin de satisfaire à un modèlealimentaire durable : c’est là une équation difficile dans un milieuméditerranéen où les ressources, limitées et fragiles, sont desfacteurs freins. Pendant que le Nord fait face à des questions desurplus et de surproduction, le Sud se débat dans les déficitsalimentaires. Le ministre choisit ce moment précis pour faire passer lemessage politique de l’Algérie : face à une demande en croissance, ledegré de suffisance alimentaire et la stabilisation des populationsrurales sont de plus en plus incertains à atteindre aujourd’hui dans larive sud-méditerranéenne. « De nos jours, en Europe, la concentrationse focalise sur la partie visible de l’immigration alors qu’elledevrait se centrer sur les racines et l’origine des problèmes. »

Concernant les changementsclimatiques, cette rencontre a permis de souligner que le dérèglementdu climat est un grand défi et que par conséquent, l’inaction est lapire des attitudes. Le dialogue 5+5 pourrait être mis à profit pouréchanger des points de vue sur les questions qui ont fait l’objet denégociations à Copenhague et faciliter la négociation en matière departage d’une vision commune avant d’aller en décembre prochain à laconférence de Cancun (Mexique). C’est aussi une occasion pour lesgouvernements de faire un pas décisif pour affronter les questions del’environnement avec courage et détermination. Le lancement d’undialogue 5+5 sur l’environnement et les énergies renouvelables vientélargir le cadre de concertation initiée entre les deux rives de laMéditerranée occidentale (Affaires étrangères, Intérieur, Défense,Tourisme). Il est opportun dans une conjoncture où les questionsenvironnementales et de développement durable tiennent une placeimportante dans l’agenda international pour parvenir à une réponseglobale conforme à leurs intérêts. Au-delà des discours de bonnesintentions, une certitude subsiste : la réussite dépend de la volontéde donner des signaux concrets aux opinions et aux politiques quiseront menées. C’est l’autre message de l’Algérie aux participants…



Par Kamel Benelkadi

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